Index de l'article

Sainte-Barbe est relevée financièrement lorsque Alexandre Labrouste, le 3 avril 1838 est appelé au poste de directeur. Mais l’acceptation se fait à deux conditions comme l’explique Jules Quicherat : tout d’abord « que toutes les dettes de la maison non encore acquittées, même celles qui n’obligeraient pas la Société, seront éteintes dans le plus bref délai ; ensuite qu’il aurait pleine puissance pour le choix de tous les maîtres, ses collaborateurs, depuis le plus humble jusqu’au plus élevé en grade ». Une des premières mesures que le nouveau directeur met en place, est la reconstruction du collège.

Victor de Lanneau, avait loué des maisons rue des Sept-Voies ce qui avait agrandit considérablement le périmètre du collège. Mais, assez vite, le problème de la salubrité du collège se pose. Les différentes maisons qui forment Sainte-Barbe sont dans un état de délabrement avancé. Si le problème de la surveillance est l’élément qui détermine l’organisation d’un projet de collège, les raisons pour lesquelles ceux-ci sont reconstruits sont liés à l’insalubrité des lieux. Deux évènements vont favoriser l’extension du collège. Tout d’abord, un des baux expire en 1839, et, la même année, un incident de taille se produit dans un des autres bâtiments. En juin 1839 une poutre maîtresse craque dans un bâtiment de la rue des Sept-Voies, duquel dépend la solidité de plusieurs autres. Le directeur profite de cet incident, qui n’eut d’ailleurs aucune conséquence humaine, pour attaquer le propriétaire de la maison ; mais celle-ci ne veut pas reconstruire et un procès commence. Les bâtiments sont dans un état déplorable si l’on en croit l’expert qui est engagé pour le procès. Pour sa défense, Alexandre Labrouste précise que : « Les bâtiments de Mme *** sur la rue des Sept-Voies et la rue Jean Hubert sont très anciens, et leur état de dégradation n’a pas cessé de s’aggraver sans que le propriétaire ait fait aucun des travaux qui auraient pu en arrêter le dépérissement et la ruine. Depuis 40 ans, on n’a fait aucun travaux de consolidation, malgré les avertissements donnés au propriétaire. Il a fallu que la police, provoquée par la rumeur publique et l’alarme que l’apparence menaçante de maisons, surtout du côté de la rue, avait répandue dans le quartier, il a fallu que la police intervint, fit étayer elle-même et lançât sommations pour que le propriétaire consentit à s’occuper de la propriété autrement que pour en toucher très exactement les loyers ». En première instance, le procès est gagné par Sainte-Barbe mais il est perdu en appel. La cour remplace l’obligation de rebâtir par une diminution notable du prix du bail ; mais l’obligation de démolir est maintenue. Madame *** finit par céder et permet au collège d’acquérir tout le terrain, tenu jusqu’alors en location, à un prix raisonnable. Sainte-Barbe peut donc démolir et rebâtir à son compte. Mais le collège ne dispose pas des fonds nécessaires pour effectuer ces travaux. Le capital social dont dispose la société n’est pas suffisant ; de plus, aucun engagement n’avait été pris à l’égard des actionnaires, aucun intérêt ou capital ne leur était garanti. Comme le dira A. Vavin ancien notaire et député de Paris lors du banquet du 4 décembre 1840, il a fallu faire le choix entre la dissolution du collège c’est-à-dire « renoncer presque à ce culte de dévouement et d’amitié si bienfaisant pour nous et nos enfants » ou bien « faire de nouveau un appel aux sentiments barbistes, former une société puissante, régulière, pouvant fournir les capitaux nécessaires pour acheter les immeubles où fleurit le collège depuis plus de quatre siècles, et édifier les bâtiments convenables à une grande institution ». La seconde solution est choisie afin de faire honneur aux grands principes de Sainte-Barbe, qu’il était impensable de renier. La société fondée en 1831 est transformée en société anonyme, par l’ordonnance royale du 17 mars 1841. On profite de l’occasion pour remettre en vente des actions ; le capital social est porté de 230 000fr. à 520 000 ce qui permet à 580 autres anciens de devenir actionnaires. Avant même ce procès, le collège est propriétaire du 22 rue des Sept-Voies par l’intermédiaire d’Alexandre Labrouste.

Achetée par le directeur parce que le collège n’en a pas les moyens, Sainte-Barbe jouit des locaux sans même payer de loyer. Une fois la société créée, le directeur cède le 8 avril 1841 cette maison au collège qui en devient propriétaire. Pendant les négociations, le collège a signé des promesses d’achats sur les maisons qui forment le collège. Le 8 août 1840, la première pierre est posée : c’est la grande aile qui fait retour de la rue des Sept-Voies sur la rue de Reims qui est la première rebâtie. Ces sont les frères du directeur, Théodore et Henri Labrouste, tous deux architectes, qui dirigent les travaux et font les plans du nouveau collège. Les rues des Chiens et des Cholets sont supprimées afin de satisfaire les exigences du collège. Á la rentrée de 1841, les élèves inaugurent les nouveaux bâtiments du collège. En 1846, l’ancienne chapelle située sur la rue de Reims ainsi que les bâtiments élevés par Robert Dugast sont reconstruits. À la place de cette maison, une galerie couverte relie les constructions du nord au sud. Sur la partie de la rue des Chôlets cédée à Sainte-Barbe s’élève, en arrière de l’entrée, le parloir, les réfectoires et au premier étage la chapelle. Celle-ci est inaugurée le 4 décembre 1847 par l’archevêque de Paris, Mgr. Affre. Les événements de 1848 interrompent les travaux. Ils reprennent, une fois le calme revenu sur la capitale, en 1852. Le périmètre du collège est complété par la construction de l’aile nord, sur le bout supprimé de la rue de Reims. Le 3 décembre 1853, la veille de la Sainte-Barbe, la dernière pierre de l’édifice est posée.